Cela fait à présent cinq mois que je suis maîtresse stagiaire à mi-temps en CM1. Cinq mois que j'apprends à connaître mes élèves, à les regarder évoluer, découvrir, se tromper, se corriger, devenir chaque jour des mini adultes avec leurs petits problèmes, leurs joies, leurs tristesses, leurs catastrophes (pas si graves mais à cet âge, tout paraît être une montagne), leurs gros mensonges (parfois). Cinq mois que je m'épate  de leurs sourires, leurs mimiques, leur énergie. Cette classe sera à jamais spéciale, ces élèves seront à jamais spéciaux, car cet ensemble sera à jamais ma première classe. Celle où j'ai fait mes armes de maîtresse. Celle qui me forme jour après jour. Celle qui m'aide à devenir meilleure dans ma vie professionnelle mais également dans ma vie d'adulte. Ces vingt-cinq petits loupiots de huit-neuf ans, je les encourage, je les dispute, je les protège, je les laisse se casser la figure, je les aide à se relever, je les motive. En échange, ils m'apportent à leur manière l'envie de leur apprendre tant et tant de choses, ils m'aident à me remettre sans cesse en question, à me mettre à leur niveau, à ne pas être susceptible (les mots des enfants sont tellement directs), à enrichir mon expérience. Même si parfois ils me rendent dingue. 

Anecdotes, émotions, leçons de vie ... la liste est longue. Chaque jour est enrichissant à sa manière. 

heureux

Souvent, on rit avec mes collègues en disant qu'une maîtresse ressemble souvent à une poule avec ses poussins. Elle les dispute, elle les houspille, elle se met en colère contre eux ... mais si quelqu'un d'extérieur s'avise de les bousculer ou de mal leur parler, elle sort les griffes car personne ne touche à SES élèves. Et c'est également un gage de tranquillité et de confiance pour les parents. 

Je me sens vraiment bien dans ma classe. J'y vais avec le sourire, la niak. Je n'ai plus cette petite boule d'angoisse au ventre, si familière, qui m'a accompagnée lors de mes innombrables cours de fac, épreuves blanches, concours, oraux, présentations ... 

 

Mais être maîtresse, c'est essuyer également pas mal de quolibets. " Ah mais, tu es toujours en vacances de toute façon". " Ca va, tu fais prof de gommettes/découpage/collage ce n'est pas si compliqué". "D'où tu te plains, tu bosses 24h par semaines!". Ces piques, la première fois on sourit, la deuxième fois on grimace, la troisième fois ça énerve. Chaque métier comporte des avantages et des inconvénients. Sans exception. Aucun métier n'est plus à plaindre ou meilleur qu'un autre. On fait tous nos choix de carrière. C'est pour cela que je n'accepte désormais plus aucune critique sur mon métier. Oui, j'ai des vacances, je bosse 24h par semaine. Pendant mes vacances je m'autorise à lire, à sortir, à me détendre. Parce que pendant le reste de l'année, je cumule 24h de boulot devant élève, mais des heures de recherche à la maison, de mise en pratique, d'expériences, de préparations. Et sincèrement, j'adore ça, même si parfois j'aimerais regarder un film, rentrer et ne plus penser à rien, laisser mon cartable dans un coin et profiter pour faire un câlin à mes amours, aller me balader sans penser sans cesse à ce que je dois faire en rentrant. Cette vie à 100 à l'heure me convient car je suis du genre hyperactive quand je suis passionnée par quelque chose. Et je profite des vacances pour faire tout ce que je ne peux pas mettre en place pendant les semaines d'école (entre deux préparations). 

dimanche soir chez les profs

Les vacances sont pour moi le synonyme de relâchement. Comme un ballon qu'on dégonfle. J'ai besoin de me vider totalement la tête, de me couper du boulot, de tout, pendant quelques jours. Alors mon rituel est immuable : la lecture. J'engouffre des bouquins pour me purger de tout le stress de la période. Je suis capable de lire jusqu'à un livre par jour, tant cette passion me manque (je n'ai pas le temps pendant les semaines d'école) et tant elle est devenue mon sas de décompression. Je me fais un thé, je me colle dans mon fauteuil et je lis pendant des heures. Une fois repue, je suis prête à m'y remettre à fond. Bien sûr, je ne fais pas que cela pendant mes vacances. N'importe qui me verrait jugerait que je suis l'achetéype parfaite de la PE qui se la coule douce : je vois mes amis, je sors, je fais du shopping, je me balade, je fais de la pâtisserie, bref, je profite. Parce que je sais pertinemment qu'une fois le gong de la reprise sonné, je vais être à 200%. 

J'en discutais avec une secrétaire, qui me disait qu'une fois sortie de son travail, elle faisait le vide et ne s'occupait plus que de sa famille et de sa maison. Quand je sors de ma classe, je ne peux pas faire cela. Je prépare ma journée du lendemain, je fais mes photocopies, je m'avance pour les jours suivants, je cherche une meilleure façon de présenter ma leçon sur la division, je m'inquiète car tel élève n'a pas saisi le principe de la soustraction, je réfléchis à quels exercices je vais lui donner, tout en réfléchissant à comment occuper les 24 autres, je modifie mon planning, je tâtonne pour trouver d'autres manières de diriger mes ateliers.

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Un fils d'insit', une fois, a répondu à la question "tu ne veux pas faire maître plus tard" : "Oh non, ça ne m'intéresse pas, maman a toujours tellement de travail à la maison que je ne la vois presque jamais". Une autre instit" disais un jour : "Même après 30 ans de métier, je  bosse parfois jusqu'à 20h45." Et ces heures ne sont pas payées dans leur intégralité. Niveau heures sup/entubage de la part du patron, les instit' se classent en très bonne position. 

A côté de ça, il y a des manières amusantes de faire la classe. Cette période (car les insitit' comptent par période pour préparer leur travail, une période = le nombre de semaines entre chaque vacances), cette période, donc, je vais entamer les fractions et la division avec mes élèves. Quoi de mieux que la manipulation ? Alors je vais commander des Legos, dessiner des pièces d'or, faire semblant que nous sommes des pirates devant se partager un trésor, trouver des petites vidéos explicatives, faire chauffer l'imprimante, la plastifieuse, et le soir résonnera cette phrase devenue si familière aux oreilles de tous les habitants de la maison : "Chéri, il va y avoir du découpage !"