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Résumé 

Sur la pente en contrebas se tenait la Chose sans Nom, immobile et livide à la clarté des étoiles. La pleine lune projetait sur elle une lumière sans ombre. Il n'y avait pas à s'y tromper : c'était bien elle. Je discernai presque le motif des bandelettes qui enserraient sa poitrine. Sa tête, informe, était enveloppée d'une sorte de linceul. La vue seule de ce monstre au repos avait de quoi faire frissonner mais lorsqu'il se retourna sans hâte, inexorablement, j'eus le plus grand mal à dompter ma terreur. C'était comme une créature marine sans regard et sans yeux, surgie du fond de l'abîme et qui cherchait sa proie.
L'indomptable Amelia Peabody, qui fait ici ses premiers pas sur la Terre des Dieux, se laissera-t-elle abuser par les facéties d'une momie somnambule ? Saura-t-elle soustraire sa protégée aux entreprises d'un chasseur de dot cynique et langoureux ? Parviendra-t-elle à déjouer les roueries des indigènes ou à surmonter les mirages des sables et à dissiper les mystères qui jalonnent sa route, en digne émule de Sherlock Holmes et d'Indiana Jones ?

Impressions 

Comme dit l'adage, mieux vaut tard que jamais ! En effet, ce livre dormait dans ma PAL depuis bientôt ... 6 ans. Comme je le dis souvent, j'ai des "passes". Un coup je vais lire des thrillers, un coup de la chick lit ... et là, c'est le genre policier égyptien qui m'a attirée. Ce que j'adore avec ma PAL de 278 livres beaucoup de livres, c'est qu'il y en a pour tous les goûts et je n'ai qu'à piocher au gré de mes envies. Après m'être fait l'intégrale des films "La momie", regardé "Secrets d'histoire Toutankhamon" et "Secrets d'histoire Cléopâtre", j'ai eu besoin de retrouver cet univers dans la lecture.

Le tome 1 d'Amelia Peabody s'est donc retrouvé entre mes mains, et j'ai passé un excellent moment. Cette héroïne, à la langue aussi acérée que son intelligence, fait passer de belles heures de lecture avec le sourire. Elle a un côté Evy O'Connell (dans le film "La momie") mélangé à Miss Silver. Dans un sens, elle m'a énormément fait penser à une héroïne que j'adore, Alexia Tarabotti (pour ceux qui ne connaissent pas, je vous encourage à lire cette excellente série de Steampunk de Gail Carriger). Peu importe qu'une momie vienne terroriser le campement d'archéologie dans lequel elle se trouve, Amelia retrousse robe et jupons, s'empare d'une ombrelle et pourchasse les méchants, tout en n'oubliant pas de se lancer dans un concours de dispute avec Radcliff Emerson, un archéologue aux idées assez modernes. 

La lecture est fluide et la plume est addictive par son côté "vieux jeu". Les phrases sont parfois un peu alambiquées, mais personnellement j'adore ce style du début du XXème siècle, parfaitement rendu par l'auteur (qui écrit cette série entre les années 1970 et 1990). On y retrouve néanmoins quelques gros monologues qui font la signature de ce style, le personnage qui déblatère tout son passé au lieu de le faire découvrir page après page ... mais c'est le jeu! Côté décor, on est en plein dans le désert égyptien, si bien décrit qu'on croit sentir la poussière, la chaleur et les relents charriés par une hygiène peu suivie. Les pyramides se dessinent parfaitement devant nos yeux, et le rythme soutenu implique qu'on vit les découvertes au même titre que les personnages. Quant à l'atmosphère, elle est délicieusement victorienne, avec ses codes, ses implications et ses barrières... que brise admirablement Amelia. 

Que dire des personnages ? Ils sont parfois un peu caricaturaux (Walter, le jeune amoureux, Lucas en homme vil et sournois), mais quelques sous-intrigues viennent émailler le récit. Ainsi, Evelyn peut paraitre bien potiche au regard de la vie actuelle, mais c'est un camaïeu de sentiments qui la traversent, faisant d'elle un personnage presque central. Je l'ai beaucoup aimé, aussi bien dans ses évanouissements que dans la honte de son secret (bien vite dévoilé mais qui reste le fil rouge du livre ... et au final l'intrigue en elle-même). Tout se rejoint dans une fin à la hauteur du livre : les secrets sont dévoilés, les méchants punis, les complots déjoués et les histoires d'amour récompensées. Du bon sentiment, mais rehaussé par les frasques et le caractère absolument hilarant d'Amelia. Quand à Radcliff, j'ai vu en lui un Lord Macon (toujours cf Gail Carriger et sa série Alexia Tarabotti), prompt à dégainer les insultes et imprécations (occasionnant des scènes assez cocasses), mais au  final très attachant. 

Petit bijou du roman policier historique, ce premier tome séduit par sa plume rythmée, son héroïne inébranlable et ses personnages hauts en couleurs. L'intrigue ravit les amateurs du genre, oscillant entre superstitions et aventure. Le lecteur se retrouve plongé dans l'Egypte anglaise du début du XXème siècle, avec ses découvertes archéologiques et son atmosphère inimitable. Un régal !